Tournage du film TAMBULA

Comment se sent-on quand on est une minorité visible face à une majorité dominante? Comment est-ce la communauté regarde et réagit face aux personnes dites « différentes »? Telles sont les questions que nous nous sommes posées au début de notre recherche qui a précédé l’écriture du scénario du film TAMBULA.

Au delà des rapports politiques et juridiques, nous avons voulu observer le comportement humain sur le plan des rapports sociaux entre les individus. Nous avons écrit ce scénario pour mieux expliquer le résultat de notre recherche. Ce film veut montrer le sempiternel problème des préjugés sous un autre angle, celui de l’humain face à un autre humain sans tomber dans les critiques faciles des blancs vis à vis des noirs et vice versa, sans chercher à réveiller la haine ou le mépris mais plutôt à mettre l’être humain en face de ses responsabilités à l’égard de son prochain.

 Le terme Tambula est en une des langues congolaises, le kikongo, il veut dire tout simplement marcher ou se promener. Dans le proverbe : Tambula na mokili, omona makambu (littéralement : Marche dans le monde et tu verras des affaires.) nous exprimons l’idée qu’un « ailleurs meilleur » peut-être un leurre. Nous stigmatisons dans le film la problématique des minorités visibles dans un contexte apparent d’homogénéité raciale.

Nous faisons également le parallélisme entre l’exode rural versus l’immigration vers l’Europe ou l’Amérique. Nous remplaçons l’immigrant par le villageois et nous dénonçons l’attitude des citadins à son égard qui n’est pas très différente de celle des certains blancs vis-à-vis des noirs. Pour permettre une distinction physique et apparente, nous prenons comme personnages principaux un albinos (une personne noire qui souffre d’un problème de pigmentation et qui a une peau aussi blanche qu’un blanc) et un paraplégique qui se traîne à terre à longueur des journées. Ils constituent nos « minorités visibles ».

Nous plaçons le scénario sur un fond de recyclage des sacs en plastique pour démontrer que les êtres humains ne sont pas des ordures. Quels que soient leur apparence, leur situation sociale ou leur niveau intellectuel, ils forment une chaîne qui ne peut et ne doit être rompue.

En plus de produire un film qui va plaire et faire rire, nous allons faire passer un message fort qui traversera toute l’Afrique francophone en proie d’une manière ou d’une autre à l’un des problèmes que nous avons soulevés qui, dans la plupart de cas, finissent par des guerres ou des génocides.

                                                      SYNOPSIS DU FILM

Albin, un albinos intellectuel qui vient du village, est à la recherche de son frère, Mvuama, chargé de projets dans une ONG de recyclage de sacs en plastique Recyc-Plast. Il espère que ce dernier, établi en ville depuis longtemps, paiera ses études universitaires. Adio, un citadin illettré vivant avec un handicap physique est à la recherche quotidienne de survie. Il rêve d’aller en Occident par tous les moyens imaginables.

Leur rencontre fortuite les conduira à redécouvrir le regard des autres sur leur « handicap » et à explorer la problématique des préjugés sur les personnes dites différentes dans une communauté apparemment homogène. Adio propose à Albin de l’aider à retrouver son frère en échange de quelques « gros mots » de français. « Je veux parler un français de grand, comme François Mitterrand! » Dit-il à qui veut l’entendre. En se promenant ainsi dans toute la ville, ils vivront plusieurs faits à la fois cocasses et informatifs comme la désorganisation du système de transport en commun, les métiers d’artistes et d'artisans, le recyclage des sacs en plastiques et la consommation...des chats comme nourriture en cas de nécessité. Au lieu de sombrer au fond de la misère qui les entoure, ils trouvent la force de sauter par dessus leur handicap et de retomber sur leurs pieds.